Bilan partiel (anti)répression à Marseille en 2025


Salut c’est la Legal Team, dans cet article on vous propose un bilan de notre action des derniers mois et une analyse (partielle) de la répression d’État à Marseille.
Et on en profite aussi pour vous demander de l’argent, pour que vous sachiez à quoi il sert et que vous continuez à avoir confiance dans l’outil collectif.

(Pour un bilan de la première moitié de l’année 2025, regarder cet article qu’on avait écrit en juin dernier)


Un renforcement des politiques sécuritaires et anti-immigration


La deuxième moitié de l’année passée est largement marquée par un contexte sécuritaire qui se renforce ces derniers mois, encore plus depuis l’automne : propagande et lutte contre ce qu’ils appellent le narcotrafic ; contrôles d’identité et de véhicules dans certains quartiers du centre-ville (notamment à la Porte d’Aix, Belsunce, Saint-Charles…) et plus au nord (vers Gèze par exemple) ; le nombre croissant d’amendes forfaitaires délictuelles (AFD) dressées dans la rue pour consommation de drogues ou pour port d’arme.

Il y a quelques mois le préfet Leclerc a renforcé la politique de l’État anti-immigrés par des rafles dans le centre-ville (avec parfois certains quartiers entiers bouclés, nassés par la police, comme cela s’est vu pour Belsunce), beaucoup de contrôles avec des interpellations pour des personnes directement envoyées en CRA, des contrôles sanitaires et fiscaux (Urssaf) dans certains commerces et notamment les snacks, la chasse du marché de rue à Gèze et il y a quelques semaines la fermeture administrative pour 6 mois du Marché du soleil. Plus tôt dans l’année, la préfecture avait émis des arrêtés préfectoraux complètement lunaires pour fermer les épiceries de nuit dans certains secteurs de la ville après 22h, pour des périodes de plusieurs mois, afin de prétendument lutter contre l’insécurité et les bagarres la nuit…


Cette forte répression administrative – qui est menée pour expulser les quartiers du centre-ville de certaines populations immigrées et sans-papiers et pour accélerer les processus de gentrification en cours – instille un climat de peur pour les personnes sans-papiers ainsi que pour les commerçant-e-s, leurs salarié-e-s et pour les vendeur.euses de rue.

On travaille aussi en ce moment à un document de ressources et d’antirep sur tous ces contrôles de police, ainsi que sur les contrôles dans les transports en commun (RTM) et dans les trains (sûreté ferroviaire). Vos témoignages sont utiles pour connaître plus en détails les pratiques des flics lors de ces contrôles.

Au niveau municipal, les élections se tiennent dans un mois et c’est la course à la surenchère de mesures sécuritaires pour aller chercher les électeurices de gauche comme de droite. La mairie du Printemps marseillais en place vante son bilan sur ce domaine-là : un doublement des effectifs de police municipale en 5 ans et une ouverture de plusieurs nouveaux commissariats de police municipale (sur la Canebière, rue Loubon…), qui entraînent une présence accrue des flics dans la ville, un harcèlement des vendeureuses de rue, des biffins ou des tresseuses…

La mairie masque par contre, alors qu’elle entend mener une politique de lutte contre la hausse des loyers, la répression par la police municipale d’actions de réquisitions de logements vides menées avec des partis politiques (qui ont notamment menés en juin dernier à la garde à vue d’une militante, avec un procès à la clé). Ou encore, la répression de lieux ou événements festifs (contrôles et/ou fermetures des bars ou lieux de fête nocturne : à la Meta il y a plusieurs mois et à la Murisserie et au BOUM à l’automne ou des saisies de matos lors de la dernière fête de la musique).

Martine Vassal, présidente de la métropole et candidate aux municipales, autrice d’une récente tirade fasciste et pétainiste en nommant en débat télévisé ses valeurs de toujours : « Travail, Famille, Patrie », voudrait quant à elle équiper la police municipale de drones et renforcer l’arsenal des agents de la RTM. Faire de la ville une place forte quadrillée par les flics et les dispositifs technologiques est leur mantra numéro un, alors que cela n’a jamais réglé aucun problème de sécurité.

Il n’y a jamais eu autant de problèmes soi-disant « sécuritaires » en France depuis que l’institution policière et ses syndicats se renforcent depuis le milieu des années 1990. Plus généralement, la police n’a jamais eu que faire de régler tel ou tel problème de sécurité, mais bien de neutraliser les catégories dominées de la population (personnes racisées, pauvres, personnes psychiatrisées, classes populaires et classes moyennes inférieures…), d’effectuer une gestion différentielle des illégalismes afin de tenir la société et de neutraliser toute tentative de révolte contre cet ordre social à donner la nausée. Quand la police ne se suffit plus à elle-même, elle fait appel à la justice, qui suit le pas. Car c’est bien « la justice [qui] est au service de la police, historiquement et institutionnellement » comme le disait Foucault dans un entretien de 1977 (à regarder ici).

Nous ne nous situons définitivement pas là. Notre vision de la sécurité ne passe pas par la répression, l’enfermement ou la prison. Notre vision de la sécurité c’est celle des logements dignes pour toustes, de l’accès sécurisé et assuré aux services sociaux publics, de la santé, de l’alimentation, des transports, de l’accessibilité et de l’inclusivité de nos espaces publics, des soins pour les personnes les plus précaires, les plus fragiles, de la lutte contre le racisme, l’islamophobie, le sexisme, la transphobie, la psychophobie et de toute forme de discrimination.


Répression judiciaire et accompagnement des dossiers pénals


Nous avons continué d’accompagner les personnes touchées par la répression d’État. À l’automne, les deux dates du mouvement « Bloquons tout » à Marseille ont eu pour conséquences pénales une quinzaine de garde à vue et de procès. Le 10 septembre, les flics ont été complètement dépassés par le nombre de rendez-vous d’action prévus au même moment dans la ville et ont été en difficulté une grande partie de la journée. Quelques interpellations ont eu lieu cette journée-là. Une personne arrêtée ce jour-là passait en procès il y a quelques jours et a finalement été relaxée.

Le 18 septembre (voir le récit de la journée ici) a initié le retour de la pratique de la nasse à Marseille. Alors qu’une action de blocage contre la CMA-CGM avait été enclenchée le matin avec environ 150 personnes présentes, l’aspect chaotique de l’action et les mouvements des flics ont fait qu’ils ont pu nous nasser facilement devant les Terrasses du port. Au final, il y a eu ce matin-là 22 interpellations-contrôles d’identité qui ont débouché sur 8 gardes à vue, pour des personnes qui passeront en procès à Marseille le 17 mars 2026.

Le 2 octobre, un début de manifestation vers Eurolinks (l’entreprise génocidaire qui produit des maillons d’armes pour fusils mitrailleurs à destination d’Israël) à Château-Gombert est directement nassé par les flics, qui là se retrouvent vite dépassés par l’ampleur du truc et qui passeront donc plusieurs heures à ramener deux cars de police pour dispatcher ensuite les manifestant.es dans les quatre coins des Bouches-du-rhône (dans les commissariats de Marseille, Marignane, La Ciotat, Aubagne). Des récits de la journée sont disponibles ici et .

Ce soir-là les services judiciaires ont été débordés à cause d’une consigne préfectorale de criminalisation des actions de soutien à la Palestine. La préfecture a alors donné l’ordre d’intimider toutes les personnes présentes, et le parquet s’est ensuite donné à coeur joie de se subordonner à l’administration centrale en décidant de poursuivre l’intégralité des 122 personnes par un Avertissement pénal probatoire (APP). L’APP est une sorte de nouvelle version du rappel à la loi, qui s’accompagne en plus de mesures contraignantes (interdiction de se rendre dans certains lieux, obligation de payer une « contribution citoyenne » – souvent entre 500 et 800€ – confiscation de téléphone, etc.). La logique de cette mesure est de poursuivre pénalement des faits qui auparavant ne l’étaient pas, d’étendre la répression et l’intimidation pénales et d’accélérer les délais de traitement pour l’institution judiciaire. Les personnes de cette manifestation ont ensuite été convoquées durant tout le mois de décembre auprès du substitut du procureur de Marseille. La grande majorité des personnes ont décidé collectivement de refuser ces APP, avec l’intermédiaire de cinq avocat.e.s travaillant avec la legal team. Ce refus collectif d’ampleur est donc en cours et on espère que ça débouchera sur quelque chose d’intéressant.

On assiste aussi dernièrement à une avancée de la répression concernant des actions antifascistes, notamment des simples collages d’affiches. Quatre personnes ont ainsi été arrêtées par la police municipale tout début décembre pour un collage à Belsunce, elles ont fait ensuite 36h de GAV et sont ressorties elles aussi avec un APP. Deux personnes ont également été arrêtées il y a quelques semaines lors d’un autre collage antifasciste dans le centre-ville, et elles sont elles ressorties après 36h de GAV avec une date de procès : la volonté de répression pénale s’intensifie.

Ces personnes ne sont pas poursuivies pour collage ou dégradations mais pour le contenu politique des affiches. Le procureur décide de rallonger les garde à vue et de poursuivre les gens pour des délits de diffusion idées (dits « délits de presse ») qui seraient outrageant pour l’institution policière notamment…

Toujours concernant une action antifasciste, le 21 janvier dernier, un cortège antifasciste a marché sur le Prado contre une messe de l’action française organisée à la Basilique du Sacré-Coeur en l’honneur de Louis XVI. Après quelques centaines de mètres des dizaines de flics ont commencé à matraquer la manif et à s’acharner sur plusieurs personnes en leur donnant des coups à répétition. Une partie du cortège est allée se réfugier dans un supermarché environnant, dans lequel les keufs se sont introduits 5 minutes plus tard pour venir sortir les gens violement. Les flics sur place avaient ensuite envie de nous nasser plus longtemps qu’ils ne l’ont fait, mais ils se sont fait réquisitionner par leur hiérarchie sur le match de l’OM qui avait lieu juste à côté (lien vers un texte de la Riposte antifasciste qui revient sur l’action).

On constate donc à un certain retour de la nasse ces derniers mois, lors de cette action à la tour CMA-CGM le 18 septembre dernier, le 2 octobre à Eurolinks ainsi qu’un début de nasse le 21 janvier dernier sur le Prado lors du cortège antifasciste. La nasse n’était pas vraiment une pratique policière utilisée à Marseille ces dernières années et bien qu’il soit trop tôt pour le dire, peut-être que ces trois situations dessinent un retour de cette tactique policière ici à Marseille.

Durant l’année passée, il y a aussi des bonnes nouvelles : des sorties de gav sans suite, parce que c’étaient des GAV punitives et des dossiers vides (mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ?). Cela peut nous rappeler que le droit au silence ça marche, que refuser les APP et les mesures alternatives aux poursuites pour finalement déboucher sur un procès ça peut donner des relaxes…

Il y a eu aussi des relaxes parce que des dossiers sont mal faits par les flics et que nos avocat-e-s ont bien bossé durant la préparation des audiences. Il y a eu une relaxe pour le 10 septembre. Une relaxe (excepté le chef d’inculpation de refus de signalétique) pour accès interdit au port de Fos-sur-Mer un jour où un bateau transportant du matériel de guerre vers israël était acosté. Il y a eu aussi des relaxes sur deux dossiers de squat Kasbarian, dont un en appel ! Les dossiers sont encore en cours de récupération et d’autres articles sont à venir pour partager les éléments juridiques.


Notre collectif et comment nous contacter



En ce moment on cherche des témoignages sur les contrôle d’identité, fouilles et amendes qui se multiplient en ville, en vue de vous conseiller si vous avez des demandes concernant les droits et les possibilités de contestation. On cherche aussi à recueillir ça pour connaitre plus en détails les pratiques réelles des flics et pas seulement ce qui est indiqué dans le droit. On est en train de travailler à une brochure de ressources et d’antirep sur tous ces contrôles de police ainsi que sur les contrôles dans les transports en commun et dans les trains.

Et pour parler vite fait de nous, on est toujours là. Depuis plus de 7 ans déjà. On est joignables par téléphone, en clair, mais le mieux ça reste les échanges sur signal : @legalteam.13 ; ou whatsapp ; ou par mail pour les choses moins urgentes.

Vous pouvez trouver nos infos, des articles et des ressources anti-répression sur notre blog : https://legalteammarseille.noblogs.org/

Vous pouvez aussi trouver ici une petite brochure qui détaille notre fonctionnement et nos lignes politiques.

Et vos dons sont toujours bienvenus ! On remet ici le lien vers notre cagnotte helloasso :

https://www.helloasso.com/associations/liberte-toujours-soutien-juridique-et-defense-collective/collectes/legalteam